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Rubrique Au collège

Ethique en collège

Le 6 avril 2005 - Olivier Dargent

Trois classes de troisième du collège Albert Camus d’Auxerre ont réfléchi sur un thème d’éthique dans le cadre de la partie E de leur programme : Responsabilité de l’homme, santé et environnement.

A l’issue de ce travail collectif et coopératif, deux rapporteurs sont allés restituer le bilan de ce travail à Paris, au cours de la journée annuelle d’éthique, le 17 novembre 2004. Ce travail s’inscrit dans une collaboration entre sept établissements de différentes régions de France, coordonné par Mme Sylvette Estival (Lycée international de Saint-Germain-en-Laye).

Voici le texte que les rapporteurs du collège A. Camus ont lu devant l’assemblé des membres du comité consultatif national d’éthique et les autres classes participantes :

"Nous venons du Collège Albert Camus à Auxerre, dans l’Yonne et nous avons réfléchi avec trois classes de 3ème sur la frontière homme /animal, à partir de deux thèmes :

- Les xénogreffes ( en particulier greffer un organe animal à un homme).

- Les barrières d’espèces avec des exemples comme le prion de la "vache folle", les virus comme le virus du SIDA, le virus ebola, le virus de la grippe du poulet qui peuvent passer de l’animal à l’homme.

Concernant les xénogreffes, les débats ont permis de poser quatre grandes questions :

1. L’homme a-t-il le droit d’utiliser la vie d’un animal pour sauver celle d’un autre homme ? La survie d’un homme justifie-t-elle le sacrifice d’un animal ?

Plusieurs arguments ont été évoqués :

Oui car les animaux d’élevage sont au service de l’homme alors pourquoi pas des animaux utilisés pour les greffes ?

Oui, l’homme est plus évolué par ses capacités intellectuelles, son intelligence, même si certains animaux sont supérieurs à l’homme pour des capacités comme la vue , les capacités physiques ...

Oui, mais comment gérer tous les paramètres de l’expérimentation en évitant les souffrances animales, les expériences ratées...

Non, car l’animal ne doit pas être pris comme un objet, comme une machine sans âme, c’est un être vivant.

2. L’homme a-t-il le droit de faire subir à l’animal les modifications génétiques et les traumatismes associés à des élevages d’animaux destinés aux greffes : séparation précoce avec la mère, manipulations génétiques ?

Oui pour avoir des conditions optimales de réussite de la xénogreffe.

Non pour respecter l’animal et prendre en compte la souffrance liée à ces conditions de vie.

3. L’homme accepterait-il un organe animal ?

Oui, car c’est la seule solution de survie dans la mesure où il n’y a pas assez de donneurs humains.

Non, car il pourrait se sentir inférieur ou sali avec un organe animal ; le greffé peut avoir des difficultés à accepter la partie animale de son corps ; les organes animaux ne sont pas aussi propres, pas aussi performants et évolués que ceux de l’homme.

Non, car accepter les greffes animales, c’est ne plus mobiliser les gens pour les dons d’organes, c’est déresponsabiliser le citoyen.

4. L’homme a-t-il le droit d’expérimenter, de prélever des organes sur les grands singes ?

Non, car l’homme fait partie des animaux, et en particulier des grands singes. L’étude du comportement des animaux permet de voir les grands singes comme les frères d’évolution de l’homme qui partagent beaucoup de points communs avec l’homme.

L’homme a-t-il plus le droit d’expérimenter sur le porc que sur les grands singes ?

Concernant les barrières d’espèces, les débats ont porté sur trois points :

1. L’homme doit-il se sentir responsable de la transmission de maladie (VIH, ébola, vache folle...), de l’animal à l’homme ?

Oui car l’homme a utilisé des farines animales pour nourrir des herbivores pour la maladie de la "vache folle".

Oui car les pressions économiques sont souvent plus fortes que les pratiques naturelles d’élevage.

Non car les modes de transmission du virus ou des maladies à prion n’étaient pas particulièrement connus. Ils n’étaient pas prévisibles.

2. Comment l’homme peut-il être plus responsable vis-à-vis des animaux sachant que certaines maladies animales passent à l’homme ?

En pratiquant des modes plus naturels d’élevage.

3. L’homme doit-il attendre de se sentir menacé sur sa santé pour réfléchir sur son comportement vis-à-vis des animaux ?

Non, car souvent il est trop tard, il y a des victimes humaines, conséquences de ces comportements irresponsables.

Non, il faut s’occuper des animaux pour qu’ils ne soient pas malades.


Bilan, la frontière homme animal est difficile à définir

Les comportements des grands singes montrent des attitudes que l’on retrouve chez l’homme.

L’homme est replacé parmi les animaux et ce n’est que sur le critère de l’intelligence qu’il est le plus évolué.

Jusqu’où l’homme a t-il le droit d’aller dans l’utilisation des animaux ?
L’homme doit-il avoir les mêmes attitudes selon les différents animaux ?
Face à toutes ces questions, un cadre éthique doit être construit pour permettre à l’homme de mieux cerner ses droits et devoirs envers les animaux."